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            Crée en 1896, la Côte Française des Somalies reçoit le statut de territoire d’Outre-mer en 1946. En 1967 il devient le Territoire Français des Afars et des Issas et accède à l’indépendance le 27 juin 1977 et devient la République de Djibouti 49ème état de l’OUA et 21ème état de la Ligue Arabe. Hassan Gouled en est le premier président jusqu’en 1999.


(Les données suivantes datent de 1977)


     Territoire de 23.000 Km², d’une population de 200.000 âmes dont 120.000 à Djibouti, les autres communes : Obock, Tadjourah, Ambouli, Ali Sabieh, Dikhil rassemblent environ 10.000 habitants le reste constituant les nombreuses tribus nomades du pays. Constitué de deux ethnies, les Afars et les Issas, le pays qui est bordé au nord par l’Erythrée, au sud par  la Somalie et à l’ouest par l’Ethiopie possède une ouverture sur la mer rouge par une côte de 300 km. Le point culminant est à 1775 mètres. Le climat est torride, 30° de moyenne, 42° de moyenne pendant la saison chaude. C’est l’un des points les plus chauds du monde. Environ 26 jours de pluie par an donnant 125 mm de précipitation.. Chose appréciable, à l’époque, sur tout le territoire, il n’y avait pas un seul feu tricolore. On dit qu’il fait si chaud à Djibouti que seul un palmier en zinc pourrait résister. Il y en a un devant un bar du même nom.

     A cette époque, la ville était une ville fermée. Elle était entourée de réseaux de barbelés surveillés par l’armée, notamment la 13ème DBLE (Demi brigade de la légion étrangère). On pouvait y accéder seulement par trois endroits. Un accès par la route avec un barrage routier nommé Balbala (phonétiquement) gardé par les gendarmes et les askaris (policiers locaux) chargés d’interdire l’accès aux somaliens et autres étrangers en situation irrégulière ainsi que de récupérer les armes, fusils, couteaux afars etc.… à l’entrée dans la ville et qui étaient restitués à la sortie des personnes, un accès par voie ferrée nommé Nagad (phonétiquement), la ligne Djibouti/Addis- Abeba (Ethiopie) également sous contrôle, puis enfin un accès par la mer rouge.


MON SEJOUR EN TFAI



     En ce début du mois de février 1977, un jeudi, à l’issue de la séance de sport tout l’EPGM (Escadron parachutiste de gendarmerie mobile de Mont de Marsan) était rassemblé pour le denier rapport de la journée. Il était 17H30.

     Gendarmes ! nous dit haut et fort notre commandant d’escadron, nous avons eu l’honneur d’être désignés pour aller effectuer un séjour Outre-mer, plus précisément en TFAI (Territoire français des Afars et des Issas). En mai doit se dérouler un référendum pour ou contre l’indépendance. Nous partirons donc lundi et travaillerons ce week-end pour tout préparer. C’est avec excitation que nous avons préparé ce départ. Excitation, oui, mais tristesse aussi de partir si longtemps et si loin des êtres chers,  c’était pour pratiquement tous les personnels le  premier séjour OM. Mon fils n’avait qu’un mois.

     Le lundi suivant, nous sommes partis depuis la BA118 de Mont de Marsan à bord d’un avion du COTAM. Après un voyage de plus de six heures, nous avons atterri à l’aéroport de Djibouti. En descendant la passerelle tout le monde se demandait pourquoi les réacteurs fonctionnaient encore et nous envoyaient un air brûlant sur le visage. Mais non, ils étaient bien à l’arrêt. Cette chaleur étouffante alors qu’il faisant déjà nuit, c’était la chaleur ambiante, naturelle, normale pour la saison. Le thermomètre de l’aéroport nous indiquait comme pour se moquer de nous 28° à 20H00 début février. Quelques heures auparavant à Mont de Marsan, la température était négative.

     Nous sommes tous montés dans des vieux 4X4 Renault et en route  vers notre cantonnement situé à côté de la BT de Djibouti. Sur le chemin, nous avons tous été choqués par la misère de la population, par l’état de délabrement de ces baraques faites de tôles et de bois, par les ruines des maisons détruites par le tremblement de terre de 1973 et pas encore déblayées et dans lesquelles des enfants jouaient pieds nus. Vraiment nous n’avions jamais vu la misère de si près, on ne s’y est jamais habitué.

     Avant de commencer à travailler, nous avons eu droit à quelques jours d’acclimatation, à part les corvées habituelles, les gardes aux véhicules et au cantonnement, rien à faire. Le pied !

     Le lendemain de notre arrivée l’escadron est allé se restaurer au mess de la presqu’île du Héron. En bon marseillais que je suis, j’ai commandé au bar un pastis. Eau minérale ou à la carafe me demande le barman ? À la carafe bien sûr et avec des glaçons s’il te plaît ! Pouah ! Qu’il est mauvais votre pastis dis-je en le crachant dans l’évier. Rigolade autour de moi, ça marche à tous les coups me dit hilare le barman. Ici l’eau du robinet, outre qu’elle sort plutôt tiède est légèrement salée. Cela permet à la population qui la boit de récupérer le sel perdu par la transpiration, car les gens ici, n’ont pas tous les moyens de s’acheter des cachets de sel.

     Ce séjour commençait dans la bonne humeur, j’ai rigolé aussi, et à l’avenir je n’ai bu que du Whisky/coca, là, pas de surprise.

     Au cours ces quelques jours d’adaptation, nous avons loué un boutre (bateau de pêche local) et nous avons passé une journée sur l’île Mascali au large de Djibouti. Sur cette île, pas un arbre, pas un coin d’ombre. Le lendemain, la moitié du peloton était exempte de service. Certains avaient des coups de soleil tellement importants qu’ils ne pouvaient même plus mettre une chemise sur la peau. Cela a servi de leçon aux autres pelotons qui ont fait la même sortie, il n’y a plus eu de gros coups de soleil.

     « Pour vous faire comprendre combien il fait chaud là bas, nous avons été plusieurs à avoir trouvé dans le désert des bouteilles de bière en verre (bouteilles vides, très certainement jetées des véhicule par des militaires) déformées, écrasées sur elles-mêmes par la chaleur du soleil. Pour ma part, j’ai été obligé d’envoyer ma bouteille à mon épouse, car personne ne voulait le croire à la résidence ».

     A la fin de cette période d’adaptation, nous avons commencé à travailler. Outre la garde du cantonnement et des véhicules déjà mise en place depuis notre arrivée, garde de certains établissements bancaires, patrouilles en jeep de jour et de nuit, expulsion en camion vers la Somalie des clandestins ramassés par la police de Djibouti, garde à la prison appelée « le trou », contrôles dans le train venant d’Addis-Abeba.

     Une nuit nous étions en patrouille à trois dans une jeep, le conducteur, le chef de bord et moi radio à l’arrière. Le chef de bord voyant dans une rue sombre un coin tranquille pour se soulager demande au conducteur de s’arrêter. Il commence à soulager sa vessie sur de vieux cartons qui traînent quand on entend quelqu’un crier « ça va pas chef tu me pisses dessus !!!». Effectivement ce carton était la demeure d’un pauvre malheureux et comme nous l’avons vu par la suite les cartons servaient à beaucoup de malheureux. Sur le moment nous avons rigolé de la situation ridicule pour notre camarade, mais ensuite nous étions plutôt gênés et même un peu triste de voir autant de misère.  Au cours des ces patrouilles, on a constaté que beaucoup de gens avaient des abcès, on voyait de grosses boules d’un côté ou de l’autre de leurs joues. Il y en avait trop, ce n’était pas normal, le mal de dent ce n’est pas contagieux. Après renseignements demandés, il s’est avéré que ce n’étaient pas des abcès, mais tout simplement des boules de khat (feuilles d’arbuste mâchées dont on absorbe le jus et qui a dans un premier temps un effet tonique puis vient une phase d’illusion psychique, de puissance physique et de puissance sexuelle. Voir les explication dans la rubrique « Le khat en page d’accueil). Nous voici donc rassurés sur l’état de santé de leurs dents mais pas de leur corps et de leur esprit.

     Après deux ou trois semaines, les trois pelotons ont été séparés et sont partis vers trois destinations différentes : Randa, dans la forêt du Daï (seul endroit où trouver des arbres et un peu d’ombre relativement fraîche), Obock et Tadjourah. C’est donc là que je me suis retrouvé avec mon peloton et le commandant d’escadron. Nous étions 19 logés dans une villa louée, nous assurions la sécurité du sous-préfet (oui Tadjourah était une sous-préfecture) et la sécurité de notre cantonnement. Autant dire que quand nous n’étions pas de garde auprès du sous-préfet ou au cantonnement, que nous n’étions pas de ramassage de bois et que la séance de sport était terminée, il nous restait juste le temps de dormir et d’écrire à nos épouses.

     A Tadjourah, il n’y avait l’électricité que quelques heures par jour. Le réfrigérateur et le congélateur fonctionnaient au gaz. Une fois par semaine, nous étions ravitaillés en vivres par la vedette gendarmerie depuis Djibouti (plusieurs heures de trajet, la viande congelée arrivait décongelée et servait d’appât pour les pêcheurs). Le cuisinier donnait la liste de ses besoins, le personnel aussi, et par message radio au peloton hors rang resté à Djibouti, la commande était passée.

     Au bout de quelques jours, nous nous étions bien organisés et tout fonctionnait correctement. Finalement nous avions le temps de faire la sieste indispensable et même de jouer au tarot.

    Nous avions fait la connaissance d’une vieille femme qui avait accepté de nous faire du pain tous les matins à condition : de lui trouver du bois pour le faire cuire. Donc régulièrement nous partions par petits groupes en véhicule dans le désert à la recherche de bouts de bois. Dans ces paysages de désolation, plutôt arides ce n’était pas facile, mais nous avons toujours trouvé du bois ainsi que de très belles géodes soit dit en passant. Ce pain, sorte de petite baguette presque pas levée, était excellent le matin pour le petit-déjeuner, à midi c’était du caoutchouc et le soir du caillou. Mais qu’importe, nous étions sur le terrain, alors tout était bon. Tous les jours nous achetions le produit de la pêche au filet d’un homme du village (pour une somme dérisoire), nous avons donc consommé du poisson frais tous les jours, grillés au barbecue c’était excellent : truite de mer, barracuda, poisson sabre, coryphène, raie et même une fois de la raie requin, celui qui n’aimait pas le poisson n’était pas gâté. Question nourriture, on ne pouvait pas être exigeant du fait du lieu et des conditions de ravitaillement et également du fait que depuis le mois de janvier de cette année 1977, en déplacement on ne payait plus les repas, si on ne paye pas, on ne peut pas être trop exigeant.

     En plus des séances de sport quotidiennes, notre commandant d’escadron avait réussi à nous avoir un créneau pour effectuer un saut d’entretien, il ne fallait pas perdre la main. Ce fût un saut de nuit sur une zone de saut complètement inconnue de tous. Heureusement la nuit était assez claire, et au sol il n’y avait pas de cactus. Tout s’est bien déroulé, il n’y a pas eu de blessé. Même pas peur……

     Au début du mois de mai, il y a eu le référendum : oui ou non pour l’indépendance. Plusieurs escadrons avaient fait le déplacement de la métropole pour assurer la sécurité des bureaux de vote. Les pauvres gendarmes. Ils sont arrivés sur le territoire alors qu’il faisait déjà très chaud juste quelques petits jours avant. Pas le temps de s’adapter. La veille du jour du référendum,  ils ont été déposés par binômes dans les bureaux de vote sur tout le territoire, aussi bien en ville (si l’on peut dire ça comme ça) que dans le désert. Tout s’est bien déroulé, heureusement pour tous. Quant à nous, nous avons passé quatre jours pendant cette période de référendum sur le TCD « OURAGAN » (Transport de Challans de Débarquement) en compagnie des commandos marines. Nous étions prévus pour intervenir sur un ou plusieurs bureaux de vote en cas d’incident grave, soit par mer avec les zodiacs, soit par voie aérienne avec les hélicoptères. Finalement nous avons passé quatre jours à bord à ne rien faire enfin pas tout à fait, on a bien joué au tarot, vu des films, pêché la nuit car le navire était alors à l’arrêt on a même joué au volley et surtout on a bien mangé, dans la marine on mange bien. Le référendum s’étant bien déroulé et le « OUI » l’ayant emporté, l’indépendance à été fixée au mois de juin.

     Tous les pelotons ont rejoint leur cantonnement respectif sauf moi. J’ai été désigné pour rester à Djibouti pour peindre les villas des familles de militaires qui étaient parties. Ces villas allaient être restituées à la nouvelle armée. Nous étions quelques gendarmes de plusieurs escadrons à faire ce travail. Cela a duré trois ou quatre semaines environ. J’en ai profité pour passer mon permis TC dans le civil. Ayant déjà le permis PL, j’ai été exempté de l’épreuve de conduite. Le code n’a été qu’une formalité, l’examinateur, MDL/C de gendarmerie à la retraite, moi-même conduisant un véhicule militaire pour me rendre à l’examen étais en tenue, tout s’est bien passé, mais je tiens à dire quand même que l’on ne me l’a pas donné, j’ai  été questionné, comme les autres candidats civils présents. C’était le 6 juin 1977 jour de mes 30 ans, c’était un beau cadeau.

    Il nous restait une semaine de séjour, l’escadron s’est reconstitué à Djibouti. Nous avons assisté les autorités dans la passation de l’hôpital, de casernes et autres bâtiments officiels à la future armée et aux autorités Djiboutiennes. Tout avait été remis à neuf, les choses ont été bien faites.

     Enfin après quatre mois de déplacement, quelques jours avant l’indépendance du TFAI qui allait devenir la République de Djibouti, nous avons repris le COTAM pour atterrir d’où nous étions partis : à Mont de Marsan. Là, pour notre plus grand bonheur, nos épouses nous attendaient sur le tarmac, je ne vous raconte pas le bonheur qu’a été le notre. C’était le plus beau jour de notre long déplacement.

     Grâce au fort esprit de camaraderie et à la bonne cohésion qui régnaient entre tous les personnels de l’escadron parachutiste et au bon état d’esprit de chacun, ce long déplacement a été une expérience humainement enrichissante de part ce que nous avons vu autour de nous et ce que nous avons vécu ensemble.

     Malgré la séparation d’avec ma famille, ces quatre mois font partie des  bons moments de ma carrière.

     Une fois de retour à la résidence, nous avons eu droit à une semaine de permission. A notre retour une autre nouvelle nous attendait, nous avions été désignés pour défiler à Paris pour le 14 juillet.

     Pendant une quinzaine de jours, entraînement intensif à la BA 118 puis départ une semaine avant pour Paris et là encore entraînement avec d’autres unités devant défiler avec nous.

     Ce 14 juillet 1977 le défilé ne s’est pas déroulé sur les Champs Elysée comme d’habitude mais sur un grand boulevard dont j’ai oublié le nom, devant M Giscard d’Estaing entre autres.

     Tout s’est bien déroulé, mais personnellement, je me serais bien passé de ce nouveau déplacement si près du précédent, mais en contre partie, ça n’a pas été désagréable de défiler.

     Voir les photos du défilé L'EPGM le 14 juillet 1977 à Paris.  
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